Saclay - Résister à la machination présidentielle

mardi 31 mai 2011
par  Webtine

Dans un contexte de reprise des grandes manœuvres sur Saclay, les élus FSU ont obtenu que l’université réunisse ses trois conseils représentatifs. Ils y ont réaffirmé les valeurs et principes universitaires incontournables : service public, fonctionnement collégial, enseignement pour tous les étudiants dans un continuum du L au D, recherche centrée sur la connaissance... article de la VRS 385, mai 2011

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Saclay

Résister à la machination présidentielle

Christine Eisenbeis, membre du bureau national du SNCS, Michelle Lauton, secrétaire nationale du SNESUP

À Saclay, les grandes manœuvres repartent. Le projet d’initiative d’excellence n’a pas été présélectionné ! Consternation pour les uns, satisfaction pour les autres dans les établissements. C’est un « rappel à l’ordre » (1). Le président de la fondation de coopération scientifique (FCS), Paul Vialle, démissionne. Et voici que de nouvelles fées se penchent sur le Plateau, berceau du grand projet présidentiel.

Un nouveau président est élu, Dominique Vernay. Il dit vouloir restreindre le projet d’Idex à un sous-ensemble (excellent ?) de la FCS et insiste sur la notion de « marque » qui « brille mondialement », comme « à Oxford ou Cambridge » (2). Un directeur général est nommé (Claude Chappert), pour porter la parole de « la base » - de fait, la parole des porteurs de Labex lauréats. Tout cela, dans un conseil d’administration, sans représentants du personnel, que l’on n’a pas encore eu le temps d’élire ! Et sous la houlette de l’établissement public Paris-Saclay et de son président Pierre Veltz, dans le contexte médiatique du Grand Paris et du Grand 8 (3).

Jean-Marc Monteil : facilitateur ou liquidateur ?

Le Premier ministre envoie Jean-Marc Monteil, « facilitateur » (ou liquidateur ?), doté des pleins pouvoirs : « [vous utiliserez] les méthodes que vous jugerez les plus appropriées » pour « mettre les acteurs en situation de finaliser leur projet scientifique », avec des pouvoirs étendus jusqu’aux infrastructures (cf. encadré). Et cette stratégie « devra conduire à des évolutions institutionnelles permettant une simplification du paysage institutionnel ». Simplifier ? diable !

Avec le Pacte pour la recherche et la loi LRU, une université prétendument autonome depuis 2007 est tenue de s’engager dans tous les projets gouvernementaux, sous couvert d’excellence et de courses aux crédits sur projets : RTRA, création de la FCS en 2007, concours du Plan Campus en 2008, Consortium des 23 établissements piloté par la FCS en 2009, nouveaux statuts pour la FCS en décembre 2010, concours Labex et autres Idex en 2011.

La propagande rabâche des annonces médiatiques aux financements mirobolants, qui le plus souvent ne sont - à l’exception du milliard du Grand Emprunt pour Saclay, non encore perçu par les établissements - que des intérêts (à venir) sur des capitaux... eux-mêmes empruntés et sur un grand nombre d’années à venir ! Les 850 M€ du Plan Campus en 2008 se traduisent pour l’université Paris Sud par un investissement immobilier de 220 M€ sur une période... non précisée ! En réalité, grâce au financement par la région ou des collectivités locales, certains bâtiments fleuriront avant 2012 tout en étant des projets antérieurs à toutes ces grandes manœuvres (Digiteo, PCRI, etc.), et la construction du nouveau bâtiment de Maths... dans la Vallée, et quelques travaux urgents pour répondre aux normes d’hygiène et de sécurité pourront commencer.

Les établissements de Paris-Saclay sont donc sollicités pour repartir dans un nouveau projet d’Idex, dans l’urgence habituelle (six mois dont les mois d’été) et les déclarations se multiplient, pour proposer une « gouvernance » très éloignée de la conception universitaire de la démocratie et de la collégialité.

Les élus FSU dans l’action

Dans ce contexte, les élus FSU ont obtenu que l’université réunisse ses trois conseils - conseil d’administration, conseil scientifique et conseil des études et de la vie universitaire (CEVU), avec les membres du comité technique paritaire (CTP). Y ont été réaffirmés les valeurs et principes universitaires incontournables : service public, fonctionnement collégial, enseignement pour tous les étudiants dans un continuum du L au D, recherche centrée sur la connaissance, etc.

Cela est en totale contradiction avec les objectifs que poursuivent une partie des grandes écoles du plateau : direction forte, sélection des étudiants, des cursus M et D (une « graduate school ») et recherche centrée sur l’innovation. Nous ne voulons pas d’une « république universitaire », annonce Bertrand Collomb, président du conseil d’orientation stratégique de ParisTech, et par ailleurs président de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST).

Menaces en creux

Tous ces projets s’accompagnent de la menace en creux « si on ne participe pas, on disparaît ». Cependant, la mise en place de la FCS en décembre 2010 et les résultats absurdes aux concours absurdes des Idex et autres Labex ont permis aux personnels de comprendre les enjeux et d’engager la résistance.

Et la nouvelle est tombée lors du congrès du 26 avril : une étude (5) sur le réaménagement du campus d’Orsay Vallée va être lancée... près de trois ans après l’annonce du déménagement du Campus sur le Plateau ! Trois ans de trop, que de temps perdu dans des locaux insécurisés, à la limite de l’insalubrité, parfois pas chauffés en hiver.

Mêmes problèmes à Fontenay-aux-Roses, lieu d’accueil de certaines formations, et donc de certains personnels (6) qui ont dû faire jouer leur droit de retrait pour ne plus travailler au milieu des squatteurs et sans téléphone. Enfin, les travaux de rénovation de la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, aussi suspendus dans l’attente du déménagement - voté au dernier conseil d’administration pour le Plateau - vont débuter. Ces points d’ombre - que nous avions plusieurs fois évoqués - se révèlent publiquement comme ce débat sur l’avenir de la fac de Médecine de Kremlin-Bicêtre, qui aurait préféré voir la Pharmacie se rapprocher...

Pourquoi alors se lancer dans une nouvelle candidature d’Idex ? Pour « briller par une marque unique » ? Pour « attirer de jeunes chercheurs étrangers », brillants bien sûr, sur des CDD, dans les Labex, puis offrir - seulement à certains d’entre eux - des postes permanents (7) dans le cadre de l’Idex ? C’est ce qui était proposé lors de la première candidature. Pour attirer des étudiants étrangers des pays développés, susceptibles de payer cher des études ?

NON ! Notre mission est de former le plus de jeunes d’Île-de-France - et de cette partie d’Île-de-France -, de les mener le plus loin possible dans leurs études en fonction de leur projet professionnel et de développer des recherches pour répondre aux besoins de développement des connaissances et du pays. Nous appelons les collègues des établissements du Plateau de Saclay à ne pas se laisser faire : résistance !

1. Selon R. Ricol (AEF 150000, 16 mai 2011).

2. AEF 149957, 16 mai 2011.

3. Métro qui pourrait arriver à Saclay en... 2025.

4. AEF 149275.

5. Trois ans après, on annonce enfin un premier investissement sur ces fonds, de 32 millions d’euros pour la construction d’un nouveau bâtiment destiné à un laboratoire nouvellement créé.

6. Administratifs de l’IUT et de la faculté Jean Monnet de Sceaux.

7. Tenured position... on est modernes !


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