9 octobre 2010 - La fin du CNRS, une fiction ?

mardi 16 octobre 2007
par  admin.midi-pyrenees

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LA FIN DU CNRS - UNE FICTION ?

9 octobre 2010 - 6h30, je consulte par Internet mon planning du jour. Depuis que mon unité de recherche a été cédée au groupe FBET en février 2009, j’ai opté pour le statut de "chercheur missionnaire". Il faut dire que je n’avais pas trop le choix. FBET n’acceptait de garder que les chercheurs en lien direct avec sa production industrielle. Mon projet a été jugé trop théorique. Il portait sur l’analyse des effets nocifs des hormones chimiques diffusées par les dispositifs électroniques ambiants sensés améliorer notre bien être dans les espaces publics... L’ancien statut de chercheur titulaire des EPST ayant été mis en extinction, les éventualités restantes étaient : une prime de départ et de reconversion ou le statut de chercheur missionnaire, c à d., un CCTV (Contrat de Confiance Temporaire Valorisant) issu de la fusion des anciens CDD et CDI. J’espérais encore pouvoir contribuer à l’avancée des connaissances, j’ai gardé le titre de chercheur. Mais je ne travaille plus sur le long terme, je fais des "missions". Je suis mercenaire de la recherche en quelque sorte.

Pendant que le café refroidit le planning s’affiche :

7h30-8h30 : Réunion de cadrage à l’hôtel du centre (hall d’accueil)

J’ai de la chance c’est pas loin de chez moi. Je peux finir mon café tranquille avant d’aller subir la mauvaise humeur de mon supérieur Jean Maquereau.

8h30-12h30 : Consultance avec XXX (salle XXX)

Tiens, un client qui masque son nom. Sans doute un projet militaire. Je n’aime pas ce genre de client. Depuis que je fais ces "passes" dans les hôtels à projet mis en place par le pôle de compétitivité, les militaires sont de plus en plus nombreux. L’anonymat n’est sans doute pas la seule raison de leur présence. Malgré le contrôle de l’information dans les médias, garanti par l’alliance des vingt plus riches familles de France, des fuites indiquent des tensions croissantes avec les pays environnants.

13h-14h : Cadrage des formations EAA de l’université libre et responsable UT0 (salle S325b - une collation sera servie)

Avec l’application de la loi LRU en 2007-2008, bon nombre d’Universités ont dû faire des choix. L’UT0, fusion des trois universités locales, a rapidement vu ses crédits baisser. Certaines formations (histoire, psychologie, lettres modernes ...) ont été supprimées par manque de soutien industriel. D’autres n’assurent leurs enseignements qu’avec des vacataires industriels et des enseignants à plein temps qui ne font plus aucune recherche. L’embauche d’un chercheur serait hors de prix vu que les recherches sont maintenant concentrées dans des pôles européens d’excellence (Saclay et Grenoble pour la France). L’EAA se fait donc sans lien avec la recherche, si ce n’est par le biais de trois chercheurs mercenaires qui maintiennent artificiellement à flot la formation. Ces interventions sont financées par l’état dans le cadre de l’aide aux territoires défavorisés.

14h30-17h30 : Evaluation des missionnaires MR2 (Salle SS001 - DR14 de l’AMRS)

Le bâtiment de la délégation est tout ce qui reste du CNRS dans la région. Sa transformation en "agence" lui a été fatale. Pendant un temps, certains gardaient espoir en se remémorant l’ordre du Présidentissime "transformez le CNRS en agence de moyens". Mais les moyens ont disparu et le CNRS, devenu AMRS (Agence de Missions pour la Recherche Scientifique), a été chargé du sale boulot. Officiellement l’AMRS n’est plus qu’une agence de moyens ... humains, qui dispatche ses mercenaires en fonction de la demande des universités et des industriels régionaux. Officiellement toujours, l’AERES fait de l’évaluation et l’ANR distribue des financements. Sauf que les quelques laboratoires publics encore en activité ont tous adopté un règlement intérieur renforçant le contrôle hiérarchique. Personne n’ayant de liberté de recherche, l’évaluation des chercheurs n’a plus de sens et l’ANR n’est que le reflet des guerres de pouvoir que se livrent les néo-mandarins universitaires.

La recherche libre et originale se cache. Des individus continuent clandestinement malgré l’interdiction absolue édictée par le ministre de la sécurité nationale. Les découvertes clandestines sont un danger pour la suprématie militaire et commerciale du pays. La diffusion libre de connaissances est farouchement réprimée elle aussi car susceptible de fausser le marché. L’AMRS est donc chargée de traquer les clandestins par tous les moyens, à commencer par la surveillance de son propre personnel. Aujourd’hui c’est moi qui m’y colle en tant que MR1. Demain un MR0 fera de même avec mon dossier d’activité. Heureusement, et contrairement à d’autres qui ont quitté l’Agence dans le panier à salade, j’ai jusqu’ici su être prudent. J’ai réussi à masquer les idées qui me passionnent encore derrière des créneaux plus "officiels", plus "scientifiquement corrects".

17h30-18h : Rédaction de la communication pour le DCD’11

On ne se méfie jamais trop des chercheurs. Même si leur dossier est moralement irréprochable, hors de question de les laisser sortir du territoire pour flemmarder dans des cocktails en divulguant des informations capitales. Seuls les MR1 et MR0 sont donc habilités à aller aux conférences, même sur le territoire français. Ce soir, je vais donc en une demi-heure vérifier le contenu d’une soumission pour la conférence DCD de 2011, y ajouter mon nom et c’est moi qui en ferais la présentation l’année prochaine. S’ils savaient ...

18h-21h : TPPGP

Travailler Plus Pour Gagner Plus... Les journées se terminent toujours ainsi. Un semblant de liberté, une tache indéfinie et qu’on pourrait croire facultative. En réalité c’est juste un créneau pour terminer tout ce qui a été engagé depuis des semaines et dont les échéances sont en cours. Je ne serai pas chez moi avant 22h.

Le café est bon. Il est 6h35, je peux en profiter encore quelques minutes. C’est du café du Chiapas, reste d’un stock que je m’étais fait quand j’avais encore accès aux réseaux de commerce équitable existant dans les milieux syndicaux. Les syndicats... Quand je pense qu’ils nous avaient prévenus. Ils avaient même presque réussi à faire plier le gouvernement, du moins c’est ce qu’il nous a laissé croire. Et puis il a fait passer en plein été 2008 une nouvelle loi sur la représentativité syndicale. Interdiction de manifester si les adhérents représentent moins de 20% des personnels. Une course contre la montre s’est engagée. Adhésions massives pour atteindre les 20% puis rapidement les 30% puis 40%... Mais c’était trop tard. Le décret d’application est tombé en octobre : le seuil des 20% devait avoir été franchi 6 mois auparavant.


SYNDIQUEZ VOUS AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD

SNCS-FSU - SECTION MIDI-PYRÉNÉES

bureau.midi-pyrenees@sncs.fr

http://www.sncs.fr


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Aller aux autres épisodes :
- Marchandisation des connaissances - Une fiction ?
- Financiarisation des Recherches - Une fiction ?


Les auteurs de ce texte remercient sanG d’Encre


Documents joints

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